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Le regard des Français sur leur maire… et leurs attentes pour les municipales 2020




A l'occasion du 100e Congrès des maires, l'Ifop et le Courrier des maires vous proposent un sondage exclusif sur le regard des Français sur leur maire. Si les taux de notoriété et de satisfaction restent élevés, une certaine érosion apparaît au regard des mandats précédents. Les Français évoquent aussi les critères déterminants, entre programme des candidats et bilan de l'équipe sortante, qui guideront leur vote aux municipales 2020. Et ils ne sont que 50% à souhaiter voir leur maire se succéder à lui-même.

Le printemps 2017 a été celui des grands rendez-vous électoraux : un nouveau chef de l'État et une nouvelle Assemblée nationale ont émergé, emportant sur leur passage les représentants des traditionnels partis de gouvernement par un tsunami dans les urnes que personne n'avait prédit. Cinq mois plus tard, un autre scrutin, lui aussi national mais moins médiatisé car indirect, celui des sénatoriales, est venu rappeler à l'exécutif que la classe politique locale, de proximité, est bien en place depuis les municipales de mars 2014. Les conseillers municipaux et les patrons de leurs exécutifs respectifs, les maires, se sont rappelés au bon souvenir de la nouvelle majorité…

Notoriété en berne sous le mandat 2014-2020
Or, au moment même où le pays changeait de gouvernants, les maires franchissaient l'étape de leur mi-mandat. A l'occasion de cette étape charnière qui coïncide cette année avec le 100e congrès des maires, le Courrier des maires, en partenariat avec l'Ifop, a souhaité sondé les Français sur leur vision de leur premier édile.

Premier enseignement de cette enquête : la figure du maire, si elle reste l'incontournable figure de proue du service de proximité, n'a pas toujours, auprès de ses administrés, un visage clairement identifié. Ou du moins un nom : seule la moitié des sondés (51%) peuvent spontanément citer le nom de leur édile, inconnu pour 39 % des autres tandis que 10 % se sont aventurés à citer… un autre élu !

Sans surprise toutefois, plus la commune est petite, plus le patronyme du maire est sur les lèvres de l'administré : 57 % dans les communes de moins de 10 000 habitants, 52% pour celles de 10 000 à 20 000 habitants, 50% entre 20 000 et 50 000 hab. ; 54% de 20 à 100 000 hab. ; et seulement 47% pour les plus de 100 000 hab. L'effet proximité joue à plein, au point que 10 points de notoriété séparent les maries des moyennes et grandes villes d'agglo face aux petites et moyennes communes rurales et périphériques.

Le statut de la commune joue aussi un rôle important : la commune située en milieu rural voit son maire connu de 61 % de ses habitants là où le maire d'une ville centre en agglomération urbaine n'est connu que de 48%.

D'autres critères favorisent la connaissance du maire : la lecture du journal municipal (57%), ou l'ancienneté d'habitation : près de 59 % pour les habitants installés depuis plus 10 ans contre 31 % seulement pour ceux installés depuis moins d'une décennie. Ou encore le niveau de vie : plus il est élevé, plus il en va de même pour la notoriété du maire : entre 50 à 51% à pour les catégories pauvres et modestes à 53 % pour les classes moyennes supérieures et 62 % chez les catégories aisées. L'inscription sur les listes électorales maximise les chances de voir l'administré connaître son maire mais ne constitue pas un critère suffisant : 53 % des inscrits citent le nom seulement, taux qui chute à 21 % chez les non-inscrits.

Les extrêmes ou apolitiques très en retrait
La proximité politique joue elle aussi un rôle non négligeable : les sympathisants Front national (FN) ne sont que 40% % à connaître leur maire contre 57 % chez les sympathisants Les Républicains (LR) et même 62 % chez les sympathisants socialistes. Les sympathisants la République en Marche (LREM) se trouvent dans le haut de la fourchette (57%) tandis que ceux sans aucune inclinaison politique ne sont que 48 % à connaître leur premier magistrat.

A noter enfin que ce sont les femmes les plus au fait de la vie politique locale (55% contre 47% des hommes) et, qu'avec l'âge, on connaît de mieux en mieux son maire : 30 % chez les 18-30 ans, contre 59 % chez les plus de 35 ans, avec même une pointe à 65 % chez les plus de… 65 ans.

Satisfaction érodée à mi-mandat
Plus dure sera la chute ? C'est ce que semble indiquer le taux de satisfaction des Français quant à leur maire au regard des mandats précédents. A la fin du mandat 2001-2008, les édiles faisaient en moyenne 72 % de satisfaits. Ils n'étaient plus que 63% au crépuscule du mandat suivant (2008-2014), à la veille des municipales. Or à mi-chemin de ce mandat 2014-2020, ils ne sont déjà plus que 61% à exprimer leur satisfaction… Si les très mécontents plafonnent toujours à 9% d'un mandat à l'autre, les administrés plutôt mécontents ont quasiment doublé de volume (16 à 30%) alors que seule une moitié de mandat est passée…

Signe que l'impatience croissante des Français vis-à-vis de la classe politique nationale déteint désormais sur la classe politique locale ? Que le degré d'exigence, notamment sur la qualité des services publics locaux, est de plus en plus élevé comme en témoignent de nombreux élus? Du contexte social et économique encore morose ? Autant de critères potentiels auxquels il faut ajouter le temps de latence de réalisation des projets et programmes d'équipements locaux, qui bien souvent ne trouvent leur pleine concrétisation qu'en fin de mandat.mmmmm
La situation individuelle socio-économique joue à plein
Difficile de cerner les raisons de l'insatisfaction précoce, dans ce mandat, de 40 % des Français… Certains critères font apparaître le portrait-robot du Français le plus à même d'avoir un avis négatif sur l'action de son maire : un administré entre 50 et 65 ans (46%), chômeur (58%), sans diplôme (54%), pauvre (44%), sans sympathie partisane (51%) ou proche du FN (43%) et électeur au premier tour de Jean-Luc Mélenchon (51%) ou Marine Le Pen (45%).

Géographiquement, ce sont les habitants des villes de plus de 100 000 habitants (47%), des communes rurales (46%) et des villes de banlieue au niveau de vie modeste (50%) qui ont le plus à redire sur l'action de leur maire. Enfin, le taux d'insatisfaction monte en flèche à mesure que l'ancienneté de vie sur la commune augmente : 29 % chez les administrés habitant la commune depuis de moins de 10 ans, 47 % pour ceux entre 10 et 30 ans.

Le programme, un argument de poids pour 2020
Si le taux de satisfaction est un indicateur à un temps T intéressant pour tout maire, un autre lui permettra de se projeter sur son éventuelle candidature à sa propre succession lors des municipales 2020 (ou 2021, si l'exécutif s'aventure à les reporter…). A savoir les critères sur lesquels les électeurs disent aujourd'hui qu'ils fonderont leur choix au moment de glisser leur bulletin dans l'urne dans 30 mois. C'est toujours « le programme et les projets des listes en présence » qui auront un rôle déterminant pour 69% des sondés. A ce titre, les maires sortants seraient ainsi sur la même ligne de départ que leur adversaire.

Le bilan de l'équipe sortante aura toutefois lui aussi un poids déterminant pour 60% des électeurs, juste devant la personnalité des candidats au poste de maire (57%). Un bon bilan ou perçu comme tel reste donc une des clés du succès mais, comme à l'échelle nationale, il apparait de plus en plus qu'on ne gagne pas une élection sur le seul bilan. Preuve en est : la quasi-stagnation de ce critère par rapport à la veille des municipales 2014 (de 58% à 60%), alors que les critères « programme » (de 63 à 69%) et « personnalité » (de 46 à 57%) progressent tous les deux nettement.

Peu importe l'étiquette politique…
Les électeurs sont en revanche moins d'un tiers à accorder une place de poids à trois autres critères : l'étiquette politique de la liste en présence (30%, en chute libre depuis les 38% de mars 2014) et leur opinion à l'égard de la politique de l'exécutif national (29%). La présence d'une ou plusieurs personnes que l'électeur connaîtrait sur la liste n'aurait des chances d'emporter le vote que de moins d'un quart des Français (23%), un niveau stable par rapport à 2014.

C'est chez les plus de 35 ans que le bilan de l'équipe sortante jouera le plus (62% contre 52% pour les 18-35 ans) et, s'agissant du statut de l'interviewé, chez les chômeurs (69%) et les salariés du secteur public (66%).

Enfin, on note une claire scission entre les sympathisants du Front national, pour qui le programme et les projets en présence ne joueront un rôle déterminant que pour 53% des votants, et tout le reste du spectre politique : de 73% pour les sympathisants France Insoumise à 75 % pour ceux proches de Les Républicains, en passant par les 70 % des sympathisants LREM. Seulement 54 % des électeurs de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle accorderont d'ailleurs un poids prépondérant au programme des candidats, soit à peine plus que le bilan et la personnalité du candidat (51% chacun).
2020 : réélire ou non le maire en place ?

Reste la question qui intéressera tous les élus dont la réflexion sur un second mandat (ou plus) débute : à quel point les électeurs veulent-ils le voir rempiler ? il y a dix ans, à la veille des élections 2008 , ils étaient 58% à souhaiter que le maire soit réélu à l'issue du mandat en cours et « seulement » 34 % ne le souhaitaient pas. A ce jour, seulement 50% des interrogés souhaitent la reconduction de leur édile lors du prochain mandat 2020-2026, soit autant que ceux se prononçant contre… Là encore, le signe d'une certaine impatience sur les premiers résultats de mandature, l'avancement des projets annoncés mais aussi une défiance plus large sur l'efficacité de l'action politique.

Autre point inquiétant pour les maires en place : seuls 72% de ceux ayant voté pour eux dès le 1er tour 2014 souhaitent leur reconduction.

C'est donc un double défi qui attend les maires aspirant à se succéder à eux-mêmes en 2020 : à la fois élargir leur base électorale, comme il est de coutume à chaque élection, mais avant même de penser à cela, reconquérir une partie de l'électorat perdu en cours de mandat…


Source : Le courrier des Maires



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