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La stimulation cérébrale peut-elle doper la performance sportive?




Pour tenter de gagner quelques watts ou quelques minutes, certains athlètes et entraîneurs se tournent désormais vers les neurosciences. Récemment, le manager d'une équipe cycliste évoquait son intérêt pour la neuromodulation dont le principal avantage serait d'empêcher le cerveau de «lâcher l'affaire». Applique-t-il vraiment une telle méthode? Difficile de le savoir.

Ce que l'on sait en revanche, c'est que le système mentionné est un dispositif de stimulation électrique non invasif (tDCS) qui permet – à l'aide de deux électrodes posées sur le cuir chevelu – de modifier l'excitabilité des régions cérébrales. Appliquée pendant quelques minutes, une telle stimulation favoriserait la plasticité des réseaux neuronaux. En thérapie, les niveaux de preuves commencent à être acceptables pour traiter la fibromyalgie, la dépression et certaines dépendances. Mais que viennent faire ces systèmes de neuromodulation dans le milieu du sport?

Le cerveau, seul maître à bord
Avoir un «bon cœur» et de «bons muscles» est essentiel dans les sports d'endurance. Néanmoins, le cerveau reste «maître à bord» car c'est lui qui délivre les commandes motrices et qui analyse les émotions et la motivation de l'individu. Ainsi, après avoir été informé d'une forte sollicitation des systèmes cardiorespiratoire et musculaire, celui-ci réduirait les ordres envoyés aux muscles pour prévenir les risques de surmenage – ou pire – de lésions. Sage décision.

La stimulation cérébrale arriverait-elle à modifier ce qui semble être un mécanisme de protection de ces systèmes? Au-delà des questions de santé que représenterait une telle perspective, sur quelles régions cérébrales appliquer cette stimulation? Quelques études scientifiques semblent fournir des éléments de réponse: celles qui stimulent les régions motrices pour réduire la fatigabilité neuromusculaire et celles qui s'intéressent à une région du cortex intéroceptif – l'insula – pour modifier la perception de l'effort.

Il est un peu tôt pour sortir des laboratoires
Il n'a pas fallu longtemps pour voir apparaître sur le marché des produits innovants inspirés de ces systèmes de stimulation. Et pour les rendre plus pratiques, une entreprise américaine a incorporé les deux électrodes dans le montant d'un casque de musique. L'idée aurait été bonne si les études citées plus haut n'avaient pas obtenu des effets sur la force musculaire avec une électrode sur la tête et l'autre positionnée sur… l'épaule. Car voilà, le hic c'est que le produit final ne respecte pas toujours les conditions qui ont permis d'obtenir ces améliorations de performance.

De plus, même en laboratoire, la précision de l'outil interroge. Il est très difficile de savoir par exemple quelle partie de l'insula (6 à 7 cm de long) est précisément visée. On sait que la portion centrale traiterait les sensations provenant des muscles et que la portion antérieure serait impliquée dans le traitement d'un large spectre de sensations (froid, chaleur, battements cardiaques), ainsi que dans la perception du temps et l'analyse des émotions.

Enfin, les consignes d'utilisation restent trop générales. Pourtant, une étude publiée en 2010 a rapporté que la réorganisation corticale induite est différente selon le moment de la journée, le sexe et l'âge des individus et qu'elle est également sensible à certains agents pharmacologiques ou autres facteurs génétiques impliqués dans les mécanismes de plasticité synaptique.

Un dopage sans trace, mais pas sans risque
Sur ces éléments, il apparaît que l'état actuel des connaissances est clairement insuffisant pour prédire les bénéfices de la stimulation cérébrale sur la performance sportive… C'est en individualisant cette méthode aux personnes chez qui les effets seraient les plus visibles que nous pourrions apprendre à mieux la maîtriser. Mais cela prend du temps à étudier et manifestement du temps on n'en a pas…

La neuromodulation ne laisse a priori aucune trace. Ce qui rendra difficile le travail des acteurs de l'antidopage le jour où ils s'empareront de la question du dopage cérébral. Aucune trace ne signifie pas aucun risque: nous ignorons à ce jour l'impact sur la santé d'une utilisation prolongée.

Pour finir cette chronique sur une note plus optimiste, voici une autre solution plutôt originale: en 2014 des chercheurs ont montré que des personnes qui, durant un exercice, visualisaient des images subliminales de visages souriants diminuaient leur perception d'épuisement et augmentaient leur temps d'effort de 12%. Alors, souriez! Vous êtes boostés!

Source : Le Temps



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