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Discours de Bernard Laporte devant les acteurs de l'encadrement des équipes de France olympiques et paralympiques - Fontainebleau

Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

C'est avec un grand plaisir que je suis parmi vous aujourd'hui. Je tiens d'ailleurs à saluer cette excellente initiative de la Préparation Olympique et Paralympique de réunir en un même lieu, l'ensemble des acteurs de l'encadrement des équipes de France olympiques et paralympiques. Cette journée doit sonner le début de la mobilisation générale autour de la préparation des Jeux Olympiques et Paralympiques de Pékin.

Avant d'ouvrir un espace de discussion, j'aimerais prendre quelques minutes pour vous exposer les grandes lignes de ma politique de « l'excellence sportive ».

Je sais que Pékin constitue une échéance extraordinaire pour le sport français.
Mais nous nous devons de regarder plus loin, d'anticiper. C'est dès aujourd'hui que nous préparons les Jeux de Vancouver de 2010, de Londres en 2012, de Sotchi en 2014 et les suivants.
Nous devons regarder autour de nous et prendre en compte la concurrence féroce qui existe sur la scène sportive internationale pour définir ce qui doit nous permettre de réintégrer, à terme, le club des cinq premières nations sportives.

Comment faire me direz-vous ? Il faut accepter de ne pas se laisser enfermer par l'existant : ce n'est pas parce qu'un système est bon, et parfois même envié à l'étranger, qu'il ne peut pas être très largement amélioré ! Je ne vais pas parler de « rupture », ce serait du plagiat, mais je souhaite une véritable réforme de la gestion du sport haut niveau en France.

Trois grands chantiers me semblent déterminants pour construire l'avenir :

Premièrement, nous devons optimiser et moderniser la gouvernance du sport de haut niveau en France. Les constats sont connus :

1. Le sport de haut niveau est administré selon des modes d'intervention qui datent de plus d'une cinquantaine d'années. Or le sport a profondément évolué avec, notamment, le développement de l'internationalisation, de la marchandisation et de la professionnalisation ;

2. Les modes d'intervention sont flous : on peut parler d'une « sédimentation » des responsabilités et de l'enchevêtrement des compétences entre le Mouvement Sportif et l'Etat ;

3. Enfin, malgré les grand progrès liés à l'examen des conventions d'objectifs, on assiste encore trop à des allocations de moyens aux fédérations sportives sans analyse stratégique suffisante.

Bref, je suis convaincu de la nécessité de réformer la gestion du sport de haut niveau en France. Et je suis aussi convaincu de la nécessité de redéfinir les compétences de l'Etat et du Mouvement Sportif. J'ai d'ailleurs demandé à Henri SERANDOUR de m'accompagner dans cette réforme que nous avons tous deux l'ambition de mener à terme.

Plusieurs pistes émergent d'ores et déjà :

- Je souhaite réaffirmer et renforcer le rôle de l'Etat dans l'évaluation des politiques fédérales et dans le contrôle des structures opérationnelles retenues par les fédérations ;

- Je veux réussir à définir un mode de « gouvernance » du haut niveau moins stratifié pour permettre la définition de véritables stratégies ;

- Enfin, je souhaite que, main dans la main, l'Etat et le Mouvement Sportif puissent mettre en place un véritable pilotage stratégique du haut niveau. Ce pilotage devra se faire par l'intermédiaire d'une « Commission Nationale du Sport de Haut Niveau » profondément rénovée plus efficace et plus opérationnelle. Nous avons déjà eu l'occasion Henri et moi d'en discuter.

Deuxième grand chantier, la réforme de l'INSEP. Mon prédécesseur, Jean-François LAMOUR, a lancé un vaste programme de rénovation immobilière. Je souhaite pour ma part aller plus loin. Je veux faire de l'INSEP le vaisseau amiral du sport français, c'est-à-dire lui donner un véritable rôle stratégique dans la politique du sport de haut niveau français. L'INSEP doit devenir LE RELAIS incontournable dans la mise en œuvre des priorités nationales en termes d'excellence sportive, de recherche, de formation et aussi d'entraînement.
J'ai demandé à mon équipe et à mes services de travailler sur l'élaboration de nouveaux statuts pour l'INSEP. Ses nouveaux statuts devront lui permettre notamment :

- De réserver une place significative au Mouvement Sportif dans la gouvernance de cet établissement au sein de son conseil d'administration. On peut également imaginer réserver des sièges pour les partenaires privés qui souhaitent s'investir durablement dans le sport français ;

- Les nouveaux statuts de l'INSEP devront lui permettre d'allier l'« excellence sportive » à l'« excellence scientifique » garante de l'innovation et de l'efficacité ;

Je souhaite, par ailleurs, y créer un « département du coaching » : sur le modèle de ce qui se pratique dans de nombreux pays anglo-saxons (Australie, USA, Irlande, etc...). Nous devons créer un lieu où les entraîneurs viendront échanger leurs expériences et suivre des formations continues. Etre entraîneur devient de plus en plus difficile. L'entraîneur est souvent livré à lui-même. Or, j'en sais quelque chose, un entraîneur a besoin d'être guidé, d'être accompagné dans sa lourde tâche. La France possède de vrais talents, de grandes compétences en termes de coaching. Nous devons donc créer les conditions pour qu'elles se transmettent le plus efficacement possible.

Troisième grand chantier, la refonte du dispositif des « filières d'accès au sport de haut niveau ». J'ai souhaité une conception plus ouverte de ce dispositif que j'ai proposé d'appeler dorénavant le « parcours de l'excellence sportive ». J'ai défini deux grandes orientations pour sa mise en place :
- Un recentrage sur « l'excellence sportive », c'est-à-dire le « très » haut niveau ; et non, comme ça peut être le cas parfois aujourd'hui, le « bon » niveau ;
- De permettre une ouverture du dispositif de la filière vers les structures privées, les structures associatives, les « groupes d'entraînement » et les structures familiales. Nous devons être capables de proposer un schéma avec différentes entrées pour une plus grande adaptabilité aux spécificités de chaque fédération.

Pour terminer, je voudrais que vous soyez certains du soutien que vous trouverez au sein de mon ministère. Je sais que les mois à venir vont être difficiles pour vous et pour vos athlètes. Je sais que la pression va être dure à gérer. Et je sais que vous donnerez le maximum de vous-mêmes pour nous rapporter un maximum de médailles.
Sans l'entraîneur, un sportif n'est rien. Et vice-versa ! Il est temps que votre rôle soit reconnu à sa juste valeur, que votre influence dans ce parcours qui mène à la médaille olympique ou paralympique soit valorisée.

Aussi, je vais demander à la Direction des Sports de mettre en place un système de primes à la performance pour les entraîneurs nationaux. De la même façon qu'un sportif obtient une prime pour une médaille, l'équipe d'encadrement technique de ce sportif devra recevoir une gratification financière. C'est ça aussi la rupture : reconnaître les mérites là où ils sont !

Je vous remercie...



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