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Henri Sérandour « Il n'y a pas que des crétins dans le mouvement sportif »

Le 18/02/2009

Le président du Comité Olympique Français, Henri Sérandour, contre-attaque au désengagement de l'État du sport et à l'OPA lancée par Bernard Laporte sur le haut niveau.

Future loi libérale en faveur du financement des stades et des clubs professionnels, évolution de l'Institut national de sport et d'éducation physique (INSEP) en « campus » du sport de haut niveau s'appuyant sur un réseau de centres régionaux d'éducation physique et sportive (CREPS) au nombre réduit. Désengagement de l'État et du ministère des Sports et recentrage du secrétariat d'État sur la réglementation, le contrôle et le haut niveau… L'évolution du sport français ne pouvait pas laisser de marbre le patron du Comité national olympique et sportif français, six mois avant de passer la main.

Êtes-vous d'accord avec toutes les dernières mesures annoncées ?

Henri Sérandour. Je suis d'accord pour que le sport français évolue. Mais cette évolution doit être vue du club local jusqu'à l'élite. Il faut bien sûr une approche particulière pour tel secteur, mais dans une cohérence d'ensemble. Le mouvement sportif constitue un seul bloc. Il faut donc parler de l'ensemble des structures, avec l'INSEP à sa tête et les CREPS en soutien. Concernant ces derniers, on a voulu nous faire participer à la commission qui se penchait sur leur avenir. J'ai refusé car il ne s'agissait que de désigner ceux que l'on allait fermer : six cette année, trois ou quatre dans trois ans, et peut-être ceux qui resteront plus tard. Je n'accepte pas. J'aurais préféré discuter de l'ensemble des CREPS et des partenariats à mettre en place au niveau local pour assurer leur avenir. Je conçois que l'État n'ait plus les moyens de financer ces structures. Mais alors trouvons de nouveaux moyens pour les faire vivre, afin de rénover la politique sportive et assurer sa pérennité. Ce n'est pas le cas.

La messe est pourtant dite.

Henri Sérandour. Non. Il faut que l'État conserve son leadership, en assumant la direction de ces établissements et la formation qui y est donnée, que les collectivités locales prennent en charge les structures. On peut aussi confier aux CREPS de nouvelles missions. Pourquoi pas en donnant de la place à la jeunesse et à la culture ? Pour cela, il faut du temps.

L'État se désengage pourtant du sport à grande vitesse. Quel rôle souhaiteriez-vous qu'il joue ?

Henri Sérandour. Nous reconnaissons à l'État son rôle de régulateur et de législateur. Il doit définir les grandes orientations. Il faut aussi donner plus la parole aux collectivités territoriales, car elles financent beaucoup.

« Qui paye décide » est un slogan très à la mode en ce moment dans le sport, notamment dans la bouche des dirigeants des clubs professionnels de foot. Qu'en pensez-vous ?

Henri Sérandour. Ce slogan n'est pas d'aujourd'hui. À chaque fois que je l'entends, ça me hérisse le poil. Rappelons à ceux qui le profèrent que le financement du sport provient majoritairement des pratiquants eux-mêmes. Des ménages. Comme je l'ai dit précédemment, il faut donner une place à toutes les composantes du sport français. Il s'agit d'un même bloc.

Bernard Laporte est souvent intervenu ces derniers mois concernant le haut niveau. Qui dirige le haut niveau en France : lui ou vous ?
Henri Sérandour. C'est une gouvernance partagée entre l'État, les collectivités territoriales et les fédérations, avec une prépondérance de ces dernières. Quand l'État se retire, c'est bien la fédération qui va chercher de nouveaux partenaires pour financer le haut niveau. Bien sûr, l'élite, c'est un peu l'image de la France. Mais on ne peut pas dire : « le haut niveau, c'est moi » et ne pas donner les moyens en financement et en cadres techniques. Quant aux équipements pour entraîner les sportifs de haut niveau, ils relèvent quasiment tous de la responsabilité des collectivités.

Certes, mais Bernard Laporte intervient directement dans la nomination des directeurs techniques nationaux (DTN)…

Henri Sérandour. Puisque les lettres de mission existent, c'est bien normal que le ministère les signe. Installer une commission d'évaluation des candidats au poste de DTN ne me gêne pas s'il s'agit d'éclairer le choix du président de la fédération. Mais la décision finale doit être prise en accord avec celui-ci et le ministère. Ça fait partie des points de friction actuels qui n'ont pas lieu d'exister.

Comme la limitation du nombre de mandats des présidents des fédérations à deux, voulue par Laporte ?

Henri Sérandour. Cette mesure est un mépris pour ceux qui ont voté pour eux. Que je sache, les présidents ne sont pas autoproclamés ! De même, on nous dit que les Français ne sont pas assez présents dans les instances internationales, ce que je récuse. Ce n'est pas en limitant le nombre de mandats de nos dirigeants que l'on va améliorer la situation. Lorsque l'on est élu président, il faut deux ans pour appréhender la fonction, deux autres années pour remplir le programme fixé. Mais un deuxième mandat est bien utile pour amplifier son action. En même temps, il faut se faire connaître à l'international, le tout en gérant les championnats du monde et d'Europe des jeunes jusqu'aux seniors, ainsi que les jeux Olympiques. Et c'est lorsque l'on commence à avoir le métier dans la main qu'il faudrait rendre son tablier ? Tout cela est vu par appartement : la réorganisation des structures d'un côté, les pros, les mandats de l'autre. Tout cela est fait de petites mesquineries qui entretiennent un mauvais climat. Le sport est pourtant un secteur vital pour notre pays. Avec ses dix-sept millions de licenciés, nous représentons tout de même le plus grand mouvement social de France. L'État pourrait se retirer encore plus, ce que je ne souhaite pas, que nous continuerions toujours à accompagner et développer le sport. Il n'y a pas que des crétins parmi nos 17 millions de licenciés !

Le secrétaire d'État ne profite-t-il pas de la faiblesse du CNOSF, entre la fin de votre mandat et la désignation en mai de votre successeur, pour pousser ses pions ?

Henri Sérandour. Je n'ose y penser. Quand le président d'une fédération bâtit un programme avec un DTN et qu'on lui dit brutalement qu'il faut que son DTN parte, je trouve que cela manifeste un certain mépris. J'espère que les décisions annoncées ont été sincères. Quant à moi, j'ai intérêt à laisser de la cohérence dans le mouvement sportif avant que l'identité de mon successeur soit connue.

Pouvez-vous esquisser le portrait-robot de votre successeur idéal ?

Henri Sérandour. Non. Ce serait influencer l'élection alors que les candidats ne sont pas tous connus.

Ne faudrait-il pas qu'il ait la carrure suffisante pour que le CNOSF conserve sa place dans la gouvernance du sport français ?

Henri Sérandour. Il faudrait quelqu'un qui assure au mouvement sportif français une meilleure représentation au niveau national, international et médiatique, que je ne l'ai fait, la maison manquant alors de solidité.

Que vous reste-t-il à faire jusqu'à la fin de votre mandat ?

Henri Sérandour. Faire que la gouvernance du sport soit mieux partagée.

Entretien réalisé par Stéphane Guérard paru dans l'Humanité le 14 janvier 2009



Source : www.humanite.fr, CROS Poitou-Charentes



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