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Sport français : attention, triple danger !

Le 12/05/2011

S'exprimer sur un sujet sans en connaître tous les tenants et les aboutissants est un exercice délicat, qui peut devenir dangereux dès lors qu'il fait l'objet d'un intérêt médiatique exacerbé. Nous le savons bien : lorsque la machine s'emballe, plus personne ne peut en assurer le contrôle.

Aujourd'hui, je regrette que l'on en soit arrivé là dans l'affaire dite « des quotas », qui secoue le football français, au moment où celui-ci commençait à retrouver son équilibre après l'épisode sud-africain. Désormais, pas un jour ne s'écoule sans que nous soit livrée telle ou telle révélation, comme dans un feuilleton au scenario soigneusement orchestré. Ainsi, par ricochet, ce sont non seulement les fondements du football qui vacillent, mais aussi ceux du sport français.

Deux commissions d'enquête, diligentées l'une par le Ministère des sports, l'autre par la fédération, doivent rendre leurs rapports en début de semaine prochaine. N'aurait-il pas été plus sage et plus responsable d'attendre la parution de ces derniers avant de s'exprimer sur les personnes, au risque d'en blesser certaines et d'entacher irrémédiablement leur honorabilité ? Premier danger !

Dans notre pays, comme partout sur la planète, le football est le sport le plus populaire. Chaque week-end, la fédération française permet à deux millions de personnes de s'exprimer et de s'épanouir sur les différents terrains de France. Chaque week-end, la Ligue 1 attire de nombreux spectateurs dans les stades et devant les écrans de télévision. Comment ne pas être sensible à ce formidable lien social créé par le football et, au-delà, par le sport dans son ensemble ? Imagine-t-on ce que serait la vie de chaque ville et de chaque village sans son équipe de foot et la passion qu'elle suscite chez ses habitants ?

S'il occupe une telle place dans le cœur de nos concitoyens, c'est que le sport rassemble au-delà des différences. C'est un domaine dans lequel l'égalité des chances a toujours été une réalité, de même, d'ailleurs, que l'excellence, l'amitié, le respect et le partage. C'est pourquoi je ne suis pas choqué par le choix d'un sportif à la double nationalité qui opte pour la sélection d'un pays autre que celui qui l'a formé. Car, je ne l'oublie pas, le sport français s'est lui aussi enrichi de champions venus d'autres horizons. Concernant le souci du jeu et les orientations stratégiques qui l'accompagnent, ce sont des considérations légitimes qui doivent rester purement techniques.

Après la grève de Knysna et la pitoyable image donnée au reste du monde par le comportement surréaliste des joueurs français et de l'équipe chargée de les encadrer, on a cherché des responsables et on a demandé des comptes.

La facilité a alors consisté à prétendre que c'était le système qu'il fallait changer. On lui a reproché d'être structuré autour de bénévoles alors que les enjeux exigeaient du professionnalisme.

Terrible, cette caricature a touché et heurté l'ensemble du monde associatif, celui des fédérations et de leurs clubs. Qu'on le veuille ou non, il faut des dirigeants pour qu'il y ait du sport et des sportifs. Pour autant, le monde sportif doit accepter de se remettre en cause pour que les dirigeants de demain, et même ceux d'aujourd'hui, puissent satisfaire à la triple exigence de passion, de compétence et de disponibilité.

La société évolue; les systèmes doivent évoluer aussi. Ni la gouvernance du sport, ni la gouvernance des fédérations ne sauraient y échapper. L'écueil serait de ne rien entreprendre et c'est précisément pour éviter cela que des travaux sont actuellement menés, en particulier par le CNOSF. Pas plus que la passion n'est l'apanage des bénévoles, la compétence ne relève des seuls professionnels. C'est d'abord, comme partout, une question d'hommes. Alors prenons garde aux raccourcis hâtifs et trop commodes. Deuxième danger !

Faut-il rappeler à quel point les Français vibrent devant les exploits de nos athlètes de haut niveau ? Ces derniers sont en effet de remarquables ambassadeurs de notre pays et le sport est le plus extraordinaire vecteur d'intégration qui soit.

L'équipe nationale, quel que soit le sport concerné, fait partie du patrimoine. Les équipes de France sont le reflet de la société française, elles sont faites de diversité et il faut qu'elles continuent à être bâties à partir des meilleurs, quelles que soient leur origine et la couleur de leur peau.

Parce qu'elle est la plus médiatisée, l'équipe de France de football, doit être la locomotive d'un sport français dont nul ne peut nier qu'il est cosmopolite, ouvert et accessible à tous.

Si l'on adopte des positions rigides voire extrêmes, le risque est grand du repli sur soi et du rejet de l'autre. Jusqu'ici, le sport y a toujours échappé parce qu'il est le creuset de nos valeurs humanistes. Mais la menace existe et elle porte un nom : le communautarisme. C'est là le troisième danger et ce n'est pas le moindre.

Alors, quel que soit le caractère médiatique et passionnel du sujet, de grâce, essayons, ensemble, de raison garder. N'allons pas trop loin, pas trop vite, pas trop fort. Évitons de prendre position avant que toute la lumière soit faite sur une question éminemment sensible et terriblement exploitable.

Disons nous que le choix n'est pas manichéen ou simpliste, et que le sport, en particulier le football, mérite d'être analysé et décrit pour ce qu'il apporte aux sociétés modernes, à savoir la capacité des uns et des autres à devenir des hommes et des citoyens, faits pour vivre ensemble.

Denis MASSEGLIA, président du Comité national olympique et sportif français



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