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« Qu'on arrête de nous dire que le sport coûte cher, c'est agaçant »





Ce congrès extraordinaire a-t-il été productif ?


Hervé Liberman : Très ! Il s'agit d'un réveil des présidents de fédérations nationales qui, jusqu'à présent, discutaient chacun dans leur coin avec la ministre de leur enveloppe particulière. Au sein du CNOSF, nous avions un discours un peu plus militant. J'entends à chaque fois que je défends un dossier : « Oh ! Le sport coûte cher, il faut qu'on investisse dans l'économie, dans les transports, sur la mobilité, etc... ». J'en suis conscient. Mais quand vous avez donné X dizaines ou X centaines de millions pour un plan d'économie, je demande au moins qu'on nous sauvegarde ce que l'on avait jusqu'à présent pour le sport. Ces gens se rendent-ils compte de notre engagement dans la société ? Je ne pense pas, ou alors ils nous prennent pour des idiots.



Depuis quand le mouvement sportif est-il inquiet ?


H.L : Depuis Sarkozy, Hollande, et maintenant Macron, on n'arrête pas de crier au secours. Pourtant, le sport est l'un des derniers terreaux multi-culturel, multi-social. Et une étude du DES (centre du droit et de l'économie du sport de Limoge) montre que l'économie nationale du sport, c'est 34 milliards d'euros de retour d'investissements sur l'hôtellerie, le tourisme, les entreprises... Qu'on arrête de nous dire que le sport coûte cher, c'est agaçant. Et qu'on ne nous appelle pas ensuite au secours quand il y a un problème pour défendre la laïcité.



Le gouvernement demande finalement au mouvement sportif de faire plus avec moins ?


H.L : Exactement. On a moins d'argent ou de ressources publiques, et on nous demande de continuer les mêmes services. Nous avons beaucoup de bénévoles, qui passent du temps en plus de leur boulot ou qui s'arrangent de prendre des jours de congés pour adhérer à une cause d'intérêt général et public. Et on leur dit : « on vous demande plus de tâches, plus d'engagement, mais on enlève les moyens ». De plus, ils n'ont même pas de statut particulier.

Mais il y a beaucoup plus grave : pour la première fois, un gouvernement vient prélever de l'argent sur une taxe affectée au sport, et qui était jusque là directement redistribuée au monde sportif. Taxe qu'avait fait voter en son temps une ministre des Sports exceptionnelle : Marie-George Buffet.



Comment se traduit cette inquiétude sur le terrain ?


H.L : Il y a toujours des bénévoles mais c'est de plus en plus dur d'en trouver puis de les garder.



La pétition à venir est-elle une déclaration de guerre à l'encontre de l'Etat, ou un appel à l'aide ?


H.L : Ce n'est certainement pas un appel à la guerre. Dans cette pétition, qui sera disponible sur une seule plateforme, j'aimerais que l'on puisse faire dire aux signataires quel est leur taux, de 1 à 10, de douleur par rapport au comportement du gouvernement vis-à-vis du sport. Pour ma part, je peux vous assurer que je mettrais 10 parce que je souffre aujourd'hui, même si ma passion reste entière.



N'y a-t-il pas un risque que l'on vous reproche de faire capoter l'organisation des JO-2024 de Paris ?


H.L : On est à 100% derrière les JO. Mais on est à 100% de difficultés pour s'y préparer.


Entretien réalisé par Jauffrey Ambrosino




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